La colère : un langage mal compris

La violence n’apparaît jamais par hasard.
Elle est l’expression d’une colère.
Et la colère, elle-même, est une réponse à une frustration.

Alors, vivre sans colère… serait-ce vivre sans frustration ?
Sans manque, sans limites, sans « non » ?

Cela impliquerait un monde où, dès la naissance, tout serait permis.
Des parents qui ne poseraient jamais de cadre. Qui diraient toujours oui.

Ce monde existe… parfois.

Mais il ne dure pas.

L’inévitable rencontre avec la frustration

Tôt ou tard, l’enfant rencontre la réalité :
à l’école, avec ses pairs, face aux règles… puis plus tard, dans le monde du travail et dans la société.

À moins de vivre en ermite, personne n’échappe à la frustration.

Lorsque l’enfant n’a pas appris à la rencontrer, à la tolérer, à la comprendre, le choc est brutal.
Sans cadre clair, sans repères, il peut devenir ce que l’on nomme aujourd’hui un « enfant roi »… ou parfois un « enfant tyran ».

Et les parents ?
Souvent démunis. Jugés. Mal compris.
Alors même qu’ils ont voulu — simplement — aimer.

On entre alors dans un véritable tourbillon d’incompréhension.

Ce que disent les émotions

Marshall Rosenberg, créateur de la Communication NonViolente, l’exprime ainsi :

« La colère est un cadeau qui nous donne l’occasion de nous relier à nos besoins insatisfaits. »

Pour Michelle Larivey, autrice du livre la puissance des émotions:

« La colère est une émotion simple, qui traduit l’insatisfaction. »

Elle apparaît lorsqu’un équilibre est rompu.
Lorsqu’un besoin n’est pas comblé.
Lorsqu’une attente reste sans réponse.
Parfois même… face à un simple caprice.

Dans tous les cas, elle parle de nous.

Quand la colère cherche une cible

Les jeunes que j’ai accompagnés, malgré leurs histoires si différentes, avaient un point commun :
ils étaient en colère.

Une colère souvent immense. envahissante.
Une accumulation de frustrations, de manques, de blessures, de relations défaillantes.

Et très souvent, cette colère se trompait de cible.

Elle se déversait :

  • sur les pairs
  • sur les adultes
  • sur l’autorité

Parce que c’est là… que c’est accessible.

Que faire de cette colère ?

Pendant des années, j’ai répété aux jeunes que j’accompagnais quelque chose de fondamental :

Tu n’es pas responsable de ce que l’on t’a fait.
Mais tu es responsable de ce que tu en fais.

Tu ne pourras pas changer ton passé.
Tu ne pourras pas changer tes parents.

Mais tu peux te construire.
Te connaître.
Choisir qui tu veux devenir.

La seule personne avec qui tu vivras toute ta vie… c’est toi.

Alors autant apprendre à être avec toi-même.

Apprendre à écouter plutôt qu’à exploser (ou à contenir)

Évacuer sa colère peut soulager… sur le moment.
Mais sans compréhension, elle reviendra. Plus forte.

La contenir ?
C’est tout aussi dangereux.
Comme une cocotte-minute qui finit par exploser.

Il  s’agit donc de comprendre. Sans fuir ni l’étouffer.

Transformer la colère

Apprendre à :

  • reconnaître sa colère
  • la nommer
  • la traverser
  • identifier le besoin caché derrière

Quel manque est en jeu ?
Quelle frustration cherche à être entendue ?

C’est là que se trouve le véritable pouvoir :
dans la capacité à se relier à soi.

Marshall Rosenberg propose un processus profondément humain pour écouter ce qui se joue en nous.
Michelle Larivey décrit avec précision les étapes du processus émotionnel — de l’émergence à la compréhension.

Oui, cela demande un apprentissage.
Oui, cela peut sembler abstrait.

Et c’est un chemin puissant.


En résumé

La colère est un signal. 

Ce qui fait la différence, c’est ce que nous choisissons d’en faire.